Les Mains Jointes Et Autres Poemes 1905-1932 (European Studies)

Les Mains Jointes Et Autres Poemes 1905-1932 (European Studies)

by FranCois Mauriac, Paul Cooke
     
 

Les Mains jointes (1909) was the collection of poetry that launched the long career of Nobel Prize-winning author François Mauriac (1885-1970).  This critical edition provides the first ever overview of the volume’s complex textual history (spanning four decades).  Drawing on Mauriac’s unpublished cahiers de jeunesse, Paul Cooke

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Overview

Les Mains jointes (1909) was the collection of poetry that launched the long career of Nobel Prize-winning author François Mauriac (1885-1970).  This critical edition provides the first ever overview of the volume’s complex textual history (spanning four decades).  Drawing on Mauriac’s unpublished cahiers de jeunesse, Paul Cooke challenges the author’s claim that the majority of the poems in the collection were written while he was still at school.  A selection of additional poems published between 1905 and 1923 (some of which have remained hidden for nearly a century) allows the reader to situate Les Mains jointes in relation to Mauriac’s wider verse output.  In his Introduction, Cooke both explores the genesis and history of Les Mains jointes and offers some analysis of Mauriac’s style as a poet.

Product Details

ISBN-13:
9780859897433
Publisher:
University of Exeter Press
Publication date:
11/28/2004
Series:
European Studies
Pages:
160
Product dimensions:
8.80(w) x 5.80(h) x 0.40(d)

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Les Mains Jointes

Et Autres Poèmes, 1905â"1923


By François Mauriac

University of Exeter Press

Copyright © 2005 The Estate of François Mauriac
All rights reserved.
ISBN: 978-0-85989-743-3



CHAPTER 1

L'ÉCOLIER


    L'ÉCOLIER

    Soirs de mois de Marie, étouffants de parfums,
    Samedis d'autrefois ... Pour aller à confesse
    Les petits écoliers viennent l'un après l'un
    Dans la chapelle douce et dans le jour qui baisse.

    Dehors ce sont les cris stridents et les vols fous
    Des martinets se poursuivant dans l'azur pâle,
    Et l'enfant que je fus4 vient le dernier de tous
    A la chapelle en fleurs dont l'arôme s'exhale.

    Il vient, lui que la vie inquiète et repousse
    Et qui veut du silence autour de sa tristesse,
    Profiter pour pleurer de ce que le jour baisse,
    Rêver sur ses péchés dans la chapelle douce ...

    Pourquoi pleurer? — Il ne sait pas. Il veut pleurer
    Comme René, dont il connaît les grandes plaintes.
    Il se trouble dans le parfum évaporé
    Des fleurs qui vont mourir et des cires éteintes.

    Dans cette âme exhalée et des fleurs et des cires,
    Il sent intensément l'adorable présence
    Du seul ami qui voit, sans jamais en sourire,
    Couler les tendres pleurs de son adolescence.

    C'est l'Ami qu'il suivait aux Fêtes-Dieu brûlantes,
    Quand les foins hauts rendaient les sentiers plus étroits.
    Et le soleil mettait des flammes sur les croix
    Dans l'odeur de l'encens, de jonchée et de plantes.

    La veille, on s'effarait autour du reposoir.
    L'enfant portait avec grand soin les fleurs dorées,
    Et l'on disait : « Seigneur, empêchez de pleuvoir ...»
    L'orage au loin grondait dans la lourde soirée.

    Mon Dieu, c'est bien celui que des soirs anciens
    Menaient vers Vous à la chapelle du collège'
    Et dont l'âme captive et frêle en vos liens
    Était3blanche comme un paysage de neige ...

    A l'étude du soir quand le soleil décline
    Et qu'on entend piailler les moineaux dans la cour,
    Mon Dieu, c'est bien celui qui défaillait d'amour
    En s'enchantant avec « le Lac » de Lamartine ...

    Je sais encor* les vers qu'il aimait dans ses fièvres,
    Il y traîne toujours comme un parfum de lys ...
    Peut-être ont-ils gardé cette douceur des lèvres
    De l'enfant que je fus qui les chantait jadis.


    L'AME ANCIENNE

    Ce soir j'évoquerai l'enfant déjà songeur
    Au collège, avec son sérieux de bon élève,
    Quand le calme goûter de quatre heures s'achève
    Et que le soir troublant inquiète sa candeur.

    Ame blanche d'enfant dont le rêve me reste,
    Vous gardez en votre œil pensif qui se souvient
    Les éblouissements des visions célestes
    Dans la chapelle tiède, aux samedis anciens.

    Vous que je porte au fond de moi comme un remords,
    Qui pleurez doucement l'horreur de ma descente,
    Témoin de mon passé — Vierge toute-puissante
    Qui pouvez me ressusciter d'entre les morts!

    Je veux à vos côtés, loin des rires vainqueurs,
    Dédaignant la jeunesse avec toutes ses gloires,
    Je veux voir disparaître au fil des ondes noires
    Ma grave adolescence et toutes ses ferveurs.


    AMI D'ENFANCE

    De la douceur du passé
    Un enfant triste se lève
    Il a les yeux pleins de rêve
    Des vieux pastels effacés.

    Son regard qui se souvient
    Sourit d'un pauvre sourire
    Et toute la nuit l'attire
    Vers moi qu'il reconnaît bien.

    Ce crépuscule ressemble
    Aux soirs anciens qu'il aimait.
    Le même souffle embaumait,
    Nos rêves chantaient ensemble.

    Le vent de ce soir, le vent
    Frôla jadis les mains lasses
    Des petits garçons rêvant
    Dans le sommeil lourd des classes.

    Et notre enfance fluette
    Pleure dans la vieille cour
    Où sa tendresse inquiète
    Fut comme une aube d'amourd.


    GRANDES VACANCES

    I

    Je vivrai désormais dans le vieux domaine
    Où les feuilles mortes feutrent les allées.
    Avec mes anciens chagrins je m'y promène,
    Et m'y souviens de mes peines consolées.

    Le matin, je médite sous les ombrages
    Les brûlantes lettres que l'abbé Perreyve
    Destinait aux jeunes gens ardents et sages,
    Qui vivaient de sa tendresse et de son rêve.

    Cette belle âme qui chantait dans la lumière,
    Captive encor la mienne après tant d'années ...
    Mon Seigneur, combien j'ai perdu de journées
    Sans faire le bien que je sais qu'il faut faire ...!

    Sur les coteaux, la brume tremblante annonce
    L'accablement d'une après-midi torride,
    Une odeur de terre chaude sort des ronces,
    Et la campagne au loin semble à jamais vide.

    Lentement, j'erre au verger, l'âme pensive,
    Écrasant des fruits échaudés où je passe.
    Avant de travailler, je dis à voix basse
    Les vers qui jasent en moi comme une eau vive.

    Quand le soir me fait rêver devant la porte,
    La joie avec le jour sur mon front se baisse.
    Mon Dieu, vous voulez donc que je supporte
    Ma solitude sans mourir de tristesse?

    Les coteaux sont des vagues d'ombre immobiles
    Où toute rumeur se divinise et prie,
    Mon Dieu, vous mettez sur mon âme tranquille
    Un bonheur étonné d'être dans la vie.

    II

    J'aspire à la douceur d'automne, aux temps couverts.
    Aujourd'hui le vent chaud soulève la poussière,
    Des vagues de coteaux dorment dans la lumière.
    La vie est devant moi comme un chemin désert.

    Qui viendra me chercher dans* ce domaine obscur?
    Qui connaît la charmille où l'heure la plus chaude
    Est douce — et le verger dont le sol est si dur
    Qu'en leur chute il meurtrit les prunes reine-Claude?

    Des routes blanches vont vers les humbles villages
    Et grimpant les coteaux se perdent dans le ciel.
    Il monte un roulement atténué* d'orage
    Avec des souffles lourds7 pleins de fleurs et de miel.

    L'herbe bruit d'une vie infinie et fleurit
    Éclatante et chantante au soleil qui la brûle,
    Et les bois altérés sont comme endoloris,
    Tout ce qui souffre et vit rêve de crépuscule.

    Je repose à l'abri des hommes mon cœur vide
    Et je suis comme mort pour ceux qui m'ont connu
    Dans l'allée oubliée et la charmille humide
    Où je fus un petit garçon aux mollets nus.

    III

    Jour blême et cru par la fenêtre ouverte,
    Bourdonnement des mouches au plafond,
    Dimanche triste et campagne déserte
    Et jeux d'enfants dans le jardin profond ...

    Rien ne remue aux mornes horizons ...
    Chant d'un coq dans une ferme isolée,
    Bruit du vent sur les feuilles de l'allée,
    Silence lourd étreignant la maison ...

    Regrets toujours là, comme une habitude,
    Ma peine inconnue et qu'on n'aime pas,
    Ma médiocrité dans la solitude,
    Et la pauvre laideur de mon front las ...

    Travail à faire et que je ne fais pas,
    Tristesse infinie où mon cœur se noie
    Et vers trop connus murmurés tout bas,
    Mort de tout espoir, deuil de toute joie ...

    IV

    La maison de campagne obscure sent
    Les coings alignés au fond des crédences,
    Dehors c'est le silence assoupissant,
    Et dans l'éblouissement des vacances

    Les coteaux qui s'étirent de langueur,
    Sous la lumière accablante et splendide.
    C'est toute la vie offerte à mon cœur
    Et qui s'étend comme une route vide.

    Puisqu'en la lourdeur des grandes vacances,
    Dans un vieux jardin plein de souvenirs,
    Le cœur pleure seul, livré sans défense
    A l'isolement dont il peut mourir,

    C'est donc qu'à sa destinée, ô mon Dieu,
    Ne se rattache aucune destinée
    Et qu'il est seul comme un pauvre sans feu,
    Au coin noir et froid d'une cheminée?


    VACANCES DE PÂQUES

    Sous les feuilles en or de la saison dernière,
    La terre est encor nue et se chauffe et s'oublie
    Dans la brise attiédie et la neuve lumière.

    Comme en un jour tranquille et chaud, les vagues lentes,
    Le vent lourd de pollen a des voix assoupies
    Dans les grands pins blessés, aux cimes ondulantes.

    Tout le printemps avec ses fleurs est en prière
    Au reposoir qui n'est qu'une immense lumière :
    C'est le recueillement de la Semaine Sainte.

    Dans l'après-midi clair d'un paisible dimanche,
    Le chant persiste encor d'une cloche qui tinte.
    On plante le croquet autour des villas blanches.

    Un paysan s'attarde au seuil de la cuisine.
    Choc de maillet — éclats de rire des cousines —
    C'est toute la douceur des anciennes vacances,

    Les châles dans le soir, et la fraîcheur soudaine,
    Le ruisseau qu'on entend dans le même silence
    Et les sommeils d'enfants dont la maison est pleine,

    Soirs d'hiver, où la lampe est douce, où le feu claque,
    L'âme va préférer à vos veilles sereines
    Les crépuscules lents des vacances de Pâques.

CHAPTER 2

L'ÉTUDIANT


    DÉPART

    Je m'en vais simplement. — Ne tournez pas la tête.
    Pas même un souvenir dans mon cœur sans lumière ...
    Pas même un nom pleuré le soir dans ma prière ...
    Seuls des lambeaux de vers, laissés par un poète ...

    Je ne chercherai pas dans le bruit de la ville
    D'épaule où reposer ma morne lassitude,
    Je sais depuis longtemps que c'est bien inutile.
    Et que l'isolement devient une habitude,

    Mais je t'évoquerai dans le deuil de ton châle
    Lorsque tu souriais en retenant tes larmes,
    O mère, à ton dernier enfant que tout désarme
    Et qui n'a pu garder que ce sourire pâle ...


    [L'ÉTUDIANT] I

    Je pense à toi rêvant aussi dans une chambre,
    Ce dimanche de paix et de mélancolie
    Où traîne le ciel bas et fumeux de novembre
    Où se lamente un vieil orgue de barbarie ...

    Tu rêves seul dans cette chambre d'étudiant
    Où s'étiolait jadis, quelle autre destinée ...?
    — Comme ils sont encor loin les jours du nouvel an! —
    La détresse envahit ton âme abandonnée.

    L'Automne tiède, humide et gris est dans ta chambre.
    Tu songes aux derniers beaux couchants de Septembre,
    Tu songes au désert infini qu'est ta vie
    Quand un ami ne vient pas causer, vers le soir,
    Et qu'on regarde peu à peu tomber le noir
    En un vague rideau, d'un morne ciel de suie
    Au loin, sur l'horizon de toits brillants de pluie ...

    Mon Dieu, comme c'est long les fins d'après-midi! ...
    Il pleut. Voici la mort des beaux jours de l'année.
    Ton cœur songe au jardin de son enfance et dit:
    Les roses sous cette eau seront vite fanées.

    Tu souffres — n'ayant pas encore l'habitude
    D'être seul en Novembre au ciel fumeux et bas ...
    Comment ne sens-tu pas que ma pensée est là?
    Que mon isolement cherche ta solitude?


    [L'ÉTUDIANT] II

    Je suis seul avec mon livre —
    Ce ne m'est plus un tourment :
    Accepter l'isolement,
    C'est se résigner à vivre.

    Dans notre cœur plein de nuit,
    Qui jamais songe à descendre?
    Même l'ami le plus tendre
    Ne me parle que de lui.

    M'aime-t-on? Est-ce que j'aime?
    Ai-je aimé? ... Je ne sais pas.
    Je sais n'être jamais las
    De m'attendrir sur moi-même.


    [L'ÉTUDIANT] III

    Mon pauvre cœur, voici la nuit qui se souvient
    De vous — et qui, fidèle et grave à l'heure dite,
    Est là toujours — noyant votre deuil dans le sien,
    Comme une veuve chaque soir qui rentre au gîte
    Où quelque enfant malade attend et se souvient ...

    Ah! Comme elle a peiné pour l'enfant aux yeux creux     Qui le jour l'attendait dans la maison glacée!
    Mais le jour s'est éteint. La douleur est passée,
    Les prières du soir montent des toits neigeux,
    Et consolé, l'enfant sourit à d'humbles jeux.

    Ainsi descend vers toi, comme une sœur aînée —
    Comme une mère lasse et pauvre, aux gestes doux,
    Endormant son petit au creux de ses genoux,
    La nuit pareille aux nuits de tes belles années,
    O ma jeunesse en pleurs, qui ne t'es pas donnéebr>

    [L'ÉTUDIANT] IV

    Ce soir je rêve sur mon livre
    A ceux que j'ai quittés si vite.
    On a si peu de jours à vivre
    Ensemble — et pourtant l'on se quitte ...

    L'étudiant est bien inconnu,
    Mais la chambre douce l'abrite,
    Et pour qu'il n'y soit pas perdu
    Elle se fait humble et petite.

    Quand il est triste, elle est aussi
    Triste et s'ouvre au lent crépuscule,
    Le Silence paraît assis
    Dans l'ombre que le feu recule.

    Grise et fanée, elle a le charme
    Un peu suranné d'une aïeule.
    Et puis n'est-elle pas la seule
    A connaître certaines larmes?


(Continues...)

Excerpted from Les Mains Jointes by François Mauriac. Copyright © 2005 The Estate of François Mauriac. Excerpted by permission of University of Exeter Press.
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Meet the Author

François Mauriac (1885-1970) is best known for his novels, many of which have been translated into English: Thérèse Desqueyroux, Le Noeud de vipères, Le Mystè Frontenac among them. His novels are still widely read by students and others; his poetry is less well known outside France, although it is now the subject of a revival of interest. Paul Cooke is Senior Lecturer in French at the University of Exeter, where he teaches and researched mainly in the area of nineteenth- and twentieth-century French literature. He is the author/editor of Mauriac: the Poetry of a Novelist (forthcoming); Mauriac et le mythe du poète: une lecture du ‘Mystère Frontenac’ (1999); (Un)Faithful Texts? Religion in French and Francophone Literature from the 1780s to the 1980s (with Jane Lee, 2000).

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