La Femme qui tuait les hommes

La Femme qui tuait les hommes

by Eve de CASTRO

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Overview

" Jeanne pense souvent au point de bascule. L'instant où la vie change de cours. Où l'homme qui n'était qu'un voisin, un parent, un amant, un fonctionnaire, un commerçant, devient un criminel ou une victime. Quand elle compulse ses dossiers, quand elle punaise une coupure de presse sur son mur, c'est ce mystère qui la hante. L'instant où le passé, le présent et l'avenir cristallisent sans remède. "
Paris, 2017. Saint-Pétersbourg, 1909. Une rencontre sur un quai de métro. Un hallucinant fait divers. Un voyage entre deux mondes où se noue le destin d'une couturière octogénaire, d'un écrivain coureur de jupons, du jeune Lénine et d'une terrible justicière. Une comtesse savoyarde y côtoie un poseur de rails et un cirque ambulant. De la Russie prérévolutionnaire au Paris littéraire, mêlant humour, tendresse et gravité, Eve de Castro nous embarque, nous bouscule, nous envoûte.

Product Details

ISBN-13: 9782221216859
Publisher: Groupe Robert Laffont
Publication date: 01/04/2018
Sold by: EDITIS - EBKS
Format: NOOK Book
Pages: 206
File size: 3 MB

About the Author

Eve de Castro est écrivain et scénariste. Elle a notamment signé Les Bâtards du soleil (1987), Ayez pitié du cœur des hommes (prix des Libraires 1992), Nous serons comme des dieux (1996), Le Soir et le matin suivant (1998), Le Peseur d'âmes (2002) et, aux Éditions Robert Laffont, La Trahison de l'ange (2006), Cet homme-là (2010), Le Roi des Ombres (2012) et Joujou (2014). Son dernier roman, La Femme qui tuait les hommes, paraît en 2018.

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CHAPTER 1

Jeanne pense souvent au point de bascule. L'instant où la vie change de cours. Où l'homme qui n'était qu'un voisin, un parent, un amant, un fonctionnaire, un commerçant, devient un criminel ou une victime. Quand elle compulse ses dossiers, quand elle punaise une coupure de presse sur son mur, c'est ce mystère qui la hante. Le moment où le passé, le présent et l'avenir cristallisent sans remède. Jeanne collectionne les faits divers tragiques. Sa chambre en est tapissée du sol jusqu'au plafond. C'est son antre, sa tanière. Elle l'appelle sa loge, en souvenir du théâtre. Pendant quarante ans, Jeanne a reprisé, retouché, repassé des costumes à l'Opéra de Paris. Dans les sous-sols, le ventre de l'Opéra. Elle n'a pas eu une loge tout de suite, non, il a fallu prouver son talent et sa dévotion, corseter son impatience et panser son amour-propre, il a fallu aussi accepter les avances de tout ce qui, homme ou femme, avait faim de sa blondeur et de sa discrétion. Ceux qui la désiraient disaient: « Tu es transparente, tes yeux, ta peau, ta façon de te mouvoir, c'est rare, c'est merveilleux, comment fais-tu cela? » Si transparente qu'après l'avoir tripotée autant qu'il leur plaisait, ils l'appelaient rarement par son nom, ils criaient: « Où est la petite main? Allez me chercher la petite main! » Au début, elle s'en étonnait. Elle ôtait les vêtements que les oublieux avaient troussés pour s'éviter de les déboutonner, elle passait la main sur son ventre, sur ses seins, et elle murmurait: « Ceci est Jeanne, je suis Jeanne, est-ce que ça ne se voit pas? »

Elle attendait. Que Maurice, malgré l'évidence, revienne. Que la vie reprenne corps.

Une saison après l'autre, une représentation poussant la suivante, d'ovations en sifflets, de robes à ourler en surcots à débrider, toujours disponible et discrète, doigts de fée, oreille patiente, cuisses dociles, son bel âge puis son âge mûr ont passé. Sans que la vie reprenne corps. La vie s'est même au fil des ans délavée, petit à petit dissoute. Jeanne a cessé d'attendre bien avant que le théâtre ne la rende au néant avec une retraite dérisoire, du champagne bon marché, des biscuits dans une soucoupe et des baisers pressés: « On reste en contact, hein, on t'enverra des invitations! » Avant que sa peau se fripe. Avant de commencer à collectionner les faits divers. Avant même d'emménager dans son réduit sous les toits. Elle a cessé d'attendre le jour où les nouvelles de Russie sont arrivées.

Elle écarte le rideau qui cache son lavabo. Jeanne n'a pas de salle de bains, juste un flexible raccordé au robinet et un bac qui sert pour la douche et pour la vaisselle. Les autres chambres de service possèdent tout le confort, mais la sienne est restée dans l'état où elle était du temps de Maurice. Il l'avait gagnée aux courses. Avant de partir pour Samara, il l'avait enregistrée à son nom, Jeanne Murier, célibataire, profession couturière. « Au cas où », avait-il expliqué au notaire, sans que Jeanne comprît si c'était elle ou lui qu'il voulait protéger des « hasards fâcheux ». Les toilettes qu'elle appelle les vatères sont au bout du palier. Aucun des locataires ne les utilise et la gardienne n'en ouvre jamais la porte. Jeanne les considère comme la prolongation de son domicile, elle les nettoie scrupuleusement et les habille de massacres à l'arme lourde et de meurtres en série. L'exiguïté de son logement ne lui pèse pas. Elle est habituée à occuper la place qu'on lui assigne, à se contenter de peu. Que peu se réduise aujourd'hui à presque rien lui convient. C'est ce qu'elle est. Presque rien. Elle n'a plus de famille en Savoie. Les habilleuses, les maquilleuses, les chanteuses, les danseuses qu'elle a côtoyées pendant quatre décennies, les éclairagistes, les machinistes, les régisseurs qui l'ont culbutée tant de fois ne se manifestent qu'en signant, et encore, pas tous ni tous les ans, la carte de vœux collective que l'Opéra envoie aux adresses archivées dans son fichier. Jeanne n'entretient même pas de relations de voisinage. À la boulangerie, dans le magasin où elle achète ses légumes depuis si longtemps qu'elle a vu le marchand des quatre-saisons se transformer en Arabe du coin puis en Franprix, aux réunions de copropriété que par fidélité à Maurice elle ne manque jamais, elle aurait pu nouer des liens. Elle n'y songe pas. Personne ne lui prête attention, pourquoi s'intéresserait-elle à autrui?

Avec une brosse en soies de porc, elle lisse ses cheveux. Dénoués, ils couvrent ses fesses. Autrefois ils étaient d'un blond non pas doré ni cendré, mais très pâle. Sa mère disait: blond de lait. Ils sont maintenant parfaitement blancs. Jeanne n'a pas de miroir (à quoi bon refléter ce qu'elle est devenue?), elle remonte sa chevelure d'un coup de poignet éprouvé, toujours le même chignon bas, serré, sévère, qui à vingt-cinq ans mettait en valeur ses yeux d'eau verte et, d'après plusieurs metteurs en scène amateurs de Renaissance italienne, lui donnait un profil de Madone. Vêtue comme chaque matin d'un manteau élimé, d'une écharpe tricotée, de godillots sans âge et de mi-bas bruns qui, enfilés distraitement, plissent déjà autour de ses chevilles, le visage couleur de cire griffé d'un lacis de ridules, le regard loin enfui ou tourné vers le dedans d'elle-même, Jeanne ressemble plutôt à une institutrice d'après-guerre tombée dans une indigence préjudiciable à sa santé mentale. Immobile devant sa lucarne, avec dans la main gauche son petit sac d'ordures, dans la droite un livre qu'elle ne lira pas, elle est prête, mais en avance. « Plus que les grands projets, ce sont les menues habitudes qui tiennent l'homme debout », professait Maurice. Huit heures sonnent au réveil posé sur la table de chevet. Jeanne ouvre sa porte, descend ses six étages, sort dans la grisaille de novembre et prend la direction du boulevard Poissonnière.

Il fait froid, elle se presse. Les escaliers du métro luisent de bruine, elle s'applique à ne pas glisser, ce serait tellement banal, l'infirmité, l'hospice, en insérant son ticket dans la fente adéquate elle pense au poinçonneur de ses débuts à l'Opéra, il lui souriait beaucoup, il avait un bec-de-lièvre et une épouse obèse, il a été le premier à jouir d'elle après Maurice. Des étreintes sommaires dans la guitoune des contrôleurs, air raréfié et grésillement des néons, relents de caoutchouc et de Gauloise froide, il s'asseyait sur un tabouret, l'attirait à califourchon sur lui, ahanait vingt secondes, trente au plus, et en se rajustant murmurait: « Tu es bien aimable, tu sais. » La station Bonne Nouvelle sent maintenant le vent sale, les pralines et la guimauve. Un vendeur ambulant cuit ses sucreries sur le trottoir, les effluves descendent jusqu'aux portillons. Jeanne tourne à gauche, ligne 8, et va s'asseoir à sa place coutumière, au milieu du quai, près du distributeur de friandises. Non par gourmandise, mais parce que c'est le seul endroit où les courants d'air la laissent en paix. Elle pose son livre sur ses genoux, ses mains à plat sur la couverture. Une rame arrive, les portes coulissent, le flot des voyageurs matinaux s'écoule. Aux premiers temps de sa mise en retraite, à l'écart, au rebut, Jeanne y voyait une boue, grise l'hiver, puante l'été. Elle était en colère. Pendant quarante ans elle avait pris ici le métro pour aller travailler, et même si recoudre des boutons ne semble pas une panacée, elle y trouvait son compte. Les personnalités qu'elle côtoyait donnaient du relief à un quotidien dont la vacuité en l'absence de Maurice lui était grâce à elles supportable. Turandot, Violetta, Othello, Orphée vibraient d'émotions tout aussi réelles à ses yeux que les heurs et malheurs des artistes qui les incarnaient. Rentrée chez elle après la revue des costumes, elle résonnait de leurs passions. Elle en cultivait l'écho dans sa chambrette, le pimentait d'anecdotes glanées dans les magazines oubliés par les figurantes et en peuplait son silence. À la scène comme à la ville, le chant de la retraite est souvent celui de la défaite. Quand pour elle ce glas a sonné, l'équilibre patiemment construit s'est effondré. Alors qu'elle était aussi vaillante qu'à cinquante ans et toujours désireuse de se dévouer à l'institution qui lui tenait lieu de foyer et d'horizon, son nouveau statut l'estampillait « outil obsolète ». En la privant du cocon au sein duquel elle se sentait à la fois utile et protégée, il la condamnait à l'insignifiance et à la précarité. Pendant plusieurs semaines elle s'est confinée entre ses quatre murs, au chagrin s'ajoutait la honte, avec son emploi on avait effacé son identité, elle n'était plus la Jeanne dont les anciens évoquaient avec nostalgie la blonde complaisance, elle n'était même plus la petite main, en vérité elle n'était plus personne. Sans le secours des menues habitudes prônées par Maurice, elle aurait sombré. Pour se lever le matin, pour se forcer à rester debout, elle s'est imposée de trier le fatras qui encombrait son logis. Jeanne déteste jeter. Les histoires de bébés congelés, d'inceste, de cannibalisme, les livrets de spectacle, ouvrages de référence, feuilles à scandale, documents sur la mode de l'Antiquité au XX siècle, quotidiens et périodiques qui montent ses six étages n'en redescendent jamais. Quand elle s'est attelée à la tâche, leurs piles poussiéreuses grimpaient jusqu'à son épaule. Tragédies lyriques et faits divers morbides ont en commun une logique qui défie généralement le bon sens. Jeanne a réparti les unes et les autres en trois catégories (meurtres, accidents, suicides), avec des souscatégories pour les effets déclencheurs (amour, jalousie, orgueil, trahison, désespoir, hasard, malentendu). Ce classement dessinait une géographie si personnelle que Phèdre n'y aurait pas retrouvé son Hippolyte, mais elle y circulait avec d'autant plus d'aisance qu'au bout de quelques mois, elle en connaissait les méandres et détails par cœur. Jeanne a une mémoire étonnante. Elle n'a pas passé son certificat d'études, mais sa bibliothèque intérieure spécialisée dans les passions humaines est mieux achalandée que les archives de Paris Match. Ce magasin toujours ouvert et dont personne ne peutla chasser la maintient en vie. Selon une routine qui a remplacé celle des années petite main, elle y puise et s'en nourrit. Six heures: lever, thé noir, choix du drame fictif ou réel qui l'habitera jusqu'au soir. Ménage. Toilette. Huit heures: clef, couloir, étages. Rue de Paradis, rue d'Hauteville. Escaliers, portillon, quai. Siège près du distributeur. Là, Jeanne laisse passer quelques minutes, quelques-unes des rames qui autrefois la conduisaient au Palais Garnier, quelques dizaines d'anonymes. Elle ancre son regard de l'autre côté des rails, elle le rend à la fois fixe et flou. Enfin, levant mentalement le lourd rideau dont elle a souvent recousu les franges, elle convie sur sa scène intérieure les personnages avec qui elle va passer la journée. Après un pic en début de matinée, le rythme du métro ralentit, forcit à l'approche du déjeuner qui attire dans le quartier touristes et habitués, ralentit de nouveau. Les heures passent sans couleur ni poids. Jeanne n'a pas faim, elle n'a pas sommeil, c'est à peine si elle bat des paupières. Sortie des écoles, des bureaux, fermeture des magasins. Les voyageurs remontent leur col, pressés de retrouver enfants, club de gym, époux, maîtresse, avocat en divorce, bar, télévision, brosse à dents, baiser sur le front, orgasme, somnifère, rêves qui permettent d'oublier que demain est un nouvel hier. Ils passent devant cette petite vieillarde immobile, certains remarquent son teint blafard, son manteau sans doute tiré d'une friperie Emmaüs, les reprises sur ses bas avachis. Ses yeux liquides qui ne cillent pas. Ils hésitent à s'approcher, à se pencher: « Madame vous allez bien? Vous avez besoin de quelque chose? » Aucun ne s'y résout. Gêne devant la pauvreté, méfiance devant ce qui évoque la folie. Jeanne ne s'en offusque pas, au contraire, elle serait embarrassée qu'on lui manifestât de la sollicitude, sa solitude a mué en carapace, elle s'y sent à l'abri. L'horloge du quai indique dix-neuf heures vingt, elle s'apprête à rentrer chez elle quand une femme s'assied à sa droite. Pas d'accoutrement voyant, pas de parfum à sillage, mais d'elle émane une tension extrême, une plainte exaspérée quoique muette, cette personne exsude la douleur, une souffrance qui pulse, sourd et diffuse ses ondes si puissamment que Jeanne, aimantée, tourne la tête. C'est une jeune fille. Brune, traits ronds, bonnet sur cheveux en grosse natte, veste noire à col de fourrure synthétique. Sourcils épais, cils sombres ourlant des yeux d'insomnie posés sur la rame qui entre, freine, repart. La jeune fille n'a pas bougé. Elle pleure sans bruit. Les larmes coulent sur ses joues, elle ne les essuie pas, elle reste statufiée, avec ce regard qui ne regarde pas, ce regard où Jeanne qui a repris sa position habituelle s'est instantanément reconnue. Portes, voyageurs, portes. Il semble à Jeanne qu'une pierre énorme lui écrase l'estomac. Elle ne pense plus au géant américain dont l'écrivain Marc Dugain a fait un roman, aux étudiantes que ce monstre étranglait et tronçonnait, aux raisons pour lesquelles il ne les violait pas, aux forces qui le poussaient à jouer aux fléchettes avec la tête de sa mère décapitée par ses soins, elle se demande avec une anxiété extraordinaire si la fille brune va rester là longtemps, si elle va pleurer longtemps, et pourquoi ces yeux de fièvre et de faim fixés sur rien. Le visage de Maurice se superpose au profil entrevu et, confusément, émerge l'idée que peut-être, sans trop attendre, il faudrait parler à cette inconnue. Ou (« à tout le moins », dirait Maurice) lui offrir un mouchoir. Une dizaine de trains passent avant que Jeanne se décide de tourner à nouveau la tête. La jeune fille est partie.

Les soirées de Jeanne sont aussi minutieusement agencées que ses journées. La semaine est découpée en tâches infimes et menus frugaux, elle enchaîne les mêmes gestes aux mêmes heures, tout est cadré en sorte de n'offrir aucune brèche par laquelle un hasard fâcheux pourrait s'engouffrer. Ce mardi, quand elle retourne à sa chambrette, rien ne va. Elle a beau se concentrer sur la lessive hebdomadaire, la moitié d'elle-même est restée dans le métro, l'autre suppute les probabilités de revoir la pleureuse. Elle s'écorche les doigts en râpant ses carottes et sale tant l'eau des coquillettes qu'elles se révèlent immangeables. Elle les remplace par des lentilles en boîte. Les lentilles sont le festin du samedi. Cette transgression la trouble. Sans discipline, l'humain glisse sur sa pente, et si l'on n'y prend garde, la pente mène à l'abîme. Au lit à vingt et une heures précises, cheveux roulés en coque autour des oreilles, mains croisées sur le ventre, elle cherche en vain le sommeil. Elle a fait sa toilette de pensionnaire, la douche dans le baquet étant réservée au dimanche. Elle a aéré sa chambre pour en chasser les pensées parasites. Elle a choisi un mouchoir, bleu, très joli, un mouchoir brodé par sa mère. Comme il empestait la naphtaline, elle l'a savonné et repassé. Elle l'a mis dans la poche de son manteau, « au cas où ».

Elle se redresse sur son oreiller.

La pente. L'abîme.

Elle voit les à-pics de son enfance savoyarde, la roche brune et noire. Elle voit le Chéran, en contrebas du village où elle a grandi. Le torrent roule et crache, il fait l'orage, il est gris et vert et féroce et si glacé qu'à seulement le regarder, petite Jeanne a froid dans ses os. La femme qui tient sa main sanglote. C'est sa maman, mais quand elle pleure ainsi, elle n'a plus de fille, juste un chagrin inconsolable qui la secoue tout entière. Jeanne cherche quoi dire, comment soulager, comment réparer, elle s'affole de ne pas trouver. La main lâche la sienne. Sa maman passe une jambe puis l'autre par-dessus la rembarde du pont, elle est maintenant face à Jeanne qui voit les larmes en pluie sur ses joues, Jeanne se précipite, elle agrippe les mains cramponnées au parapet, les doigts glissent sous les siens, sa maman disparaît. Le vide qui suit est muet. La colère du torrent s'est tue, les busards dans le ciel d'ardoise aussi. Petite Jeanne ne crie pas. Elle ne se hausse pas sur la pointe des pieds pour voir si le Chéran a avalé sa maman. Dans le silence opaque et sans contour, elle flotte. Et puis, à son tour, elle tombe, elle tombe, elle n'en finit pas de tomber.

(Continues…)



Excerpted from "La Femme Qui Tuait Les Hommes"
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